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Première approche

I- Première Approche

    Je passais mon congé, cette année-là, dans la belle vallée du Lot, l'Olt gallo-romain, ce fossé profond qui, suivant la boutade classique, sépare "la truffe de la châtaigne"

    Bien que pour les géographes, l'antique rivière d'Olt, aux méandres aussi innombrables que capricieux délimite deux pays, deux races - d'un côté le, Massif Central, ses châtaigneraies, ses schistes, ses granits, l'Auvergne ; de l'autre, les calcaires, les Causses, déjà la Guyenne, le Midi - je dois avouer qu'ici la démarcation n'est guère sensible: il semble au contraire, que les deux ponts lancés sur la rivière large de cent mètres (le pont métallique, pour le chemin de fer, le pont suspendu pour le réseau routier), il semble, dis-je que ces ponts soient des liens symboliques rattachant l'ancêtre, l'antique Capdenac (aujourd'hui, Capdenac le haut) perché là-haut sur un promontoire escarpé dont les eaux s'obstinent depuis des siècles à vouloir saper la base, à la jeune Cité, Capdenac Gare, aux maisons compactes groupées au sud du plateau artificiel servant d'assise au nœud des voies ferrées, cause de sa naissance, source de la vitalité de l'agglomération urbaine.  Depuis quelques années, celle-ci s'essaime de plus en plus en longueur dans la riante vallée, s'étirant mollement vers la bourgade de St-Julien-d'Empare.

    Bien qu'ethniquement, Auvergnats, Rouergats, Quercinois, Limousins soient de même race, de sang celte peut-être par les femmes, mais romains par les hommes, ils sont tous descendants des soldats devenus colons après Alésia. Leur langue, dialecte latin déformé, en est la meilleure preuve. Il est curieux de constater que de tout temps, les divisions administratives ont tenu à sanctionner cette séparation hypothétique (c'est le fleuve Lot qui a servi de séparation naturelle).

    Capdenac le haut, citadelle de l'ancien Quercy, fait partie du département-du Lot, tandis que Capdenac-Gare qui tout d'abord, n'était que la modeste station créée pour desservir l'anémique commune, survivante dégénérée de l'ancien oppidum, est devenu un chef-lieu de canton du département de l'Aveyron (Cette imprécision date de longtemps puisque les chartes de 1320, 1361, 1393 placent Capdenac en Quercy et celles de 1369, avril et novembre le situent en Rouergue.)

    Historiquement les deux agglomérations se complètent: tandis que l'importance de la gare - (on a cherché à, évoquer dans l'architecture des bâtiments le style de la vieille ferme quercynoise, style moderne, rajeuni, d'une rurale coquetterie) - témoignage de l'activité économique de, la région, le calme et le silence hantent les murs croulants de l'antique citadelle endormie tout là-haut sur sa falaise hardie, telle un lézard se chauffant au soleil.

    «Rôdes tant que tu voudras. Pour aller à Rodez, toujours tu monteras. »
    
C'est un dicton du folklore aveyronnais ; il s'appliquerait aussi parfaitement au Teil, ce lieu géodésique dominant toute la contrée. Pour s'y rendre de Capdenac, il faut suivre d'abord l'agréable route ombragée de St-Julien-d'Empare étirant son ruban sinueux au milieu d'une plaine parsemée de constructions nouvelles ; après avoir égrené les dernières maisons, elle tourne à gauche, franchit la Diège sur un vieux pont aux pierres moussues et court droit devant elle, laissant plus à gauche le vieux castel qui a anobli le village.

    Le château d'Empare appartenait au XVème siècle, à la famille de Marc (armes d'argent à deux lions de gueules affrontées), dont l'héritière Cécile de Marc, dame d'Empare épousa Guisbert de Corn par contrat du 9 février 1453, passé au château d'Empare devant Sabatier  notaire – (Seigneurie de Corn et d'Empare (1).Les descendants de Guisbert de Corn furent seigneurs d'Empare jusqu'à la mort d'Armand-Louis de Corn, qualifié marquis d'Empare, lieutenant des maréchaux de France et juge du point d'honneur au pays de Rouergue. Il n'eût que deux- filles (2) et on ne sait dans laquelle de ces deux  familles passèrent les droits de justice et de seigneurie du château d'Empare. Ainsi que nous le verrons le seigneur d'Empare prit part au combat de Capdenac de 1622, durant les guerres civiles et reçut un témoignage de
 satisfaction- du roi Louis XIII.

    Le 2 septembre 1649, le duc d'Epernon écrivit à M. d'Empare une lettre par laquelle il lui marquait que : « dans ce rencontre, où il s'agit du maintien de l'autorité du roi dans la ville de Bordeaux, il l'exhorte à se venir joindre à lui pour rendre à sa Majesté le service qu'elle doit attendre d'une personne de sa condition et de son courage. » (Archives du Lot (F. 180).

    Le ban et l'arrière-ban de la noblesse du Rouergue servirent en Guyenne en 1674, suivant un certificat donné le 29 juin 1674 par le maréchal d'Albret, gouverneur général de Guyenne au seigneur d'Empare.

    Le château, reconstruit en 1762 ' fut vendu à la Révolution comme bien national acquis par la famille Bataillou. il fut longtemps transformé en magnanerie. Depuis quelques temps déjà le château d’empare a retrouvé un peut de sa verve.
En effet construit au 14eme siècle, le château d’Empare, qui a donné son nom au village de St Julien d’Empare, était à l’origine, constitué d’un corps central entre quatre tours d’angle, dont trois subsistent aujourd’hui. Ces tours portent encore des éléments architecturaux qui rappellent leur caractère fortifié. (Corbeaux, meurtrières, etc.). L’ouvrage était entouré de fossés aujourd’hui comblés, mais dont la trace subsiste encore à l’ouest du site.
En langue occitane, l’appellation des lieux exprime une vocation protectrice et défensive.
L’édifice a été profondément modifie au 18eme siècle : suppression du corps central d’origine et d’une tour, construction de l’actuel corps central entre la tour nord et la tour sud.
Acquis comme bien national, en 1795 par Martial Bataillou, ancêtre de ses propriétaires actuels, le bâtiment a fait l’objet, depuis 1970, d’important travaux de restauration : restauration a l’identique de sa charpente en nef inversée et de sa couverture en lauzes, reprise de divers éléments de façade, création d’un escalier a vis intérieur pour la desserte de ses quatre niveaux, mise en état d’habitabilité.
Le Château d’empare a été inscrit à l’inventaire des monuments historique par arrêté du ministre de la culture du 10 novembre 1977.

 

 

(1) Renseignements fournis par le colonel de Corn.

(2) Marie-Jeanne mariée en 1737 à Jean II dadhémar, comte de Panat et Elisabeth mariée en 1736 à de Cruzy, comte de Marcillac.

Les liens présents sur cette page :
  1 - Le pont suspendu traversant le lot
  2 - Capdenac-le-Haut
  3 - Le château de St-Julien-d'Empare
  4 - Vues aériennes anciennes de Capdenac-Gare
  5 - L'architecture des bâtiments

Remerciements à Mr Jean-Julien VERDIER, auteur de Croquis d'histoire en pays d'Olt